Un engagement

 

Le parcours qui est le mien est caractérisé par un engagement continu pour la cause des enfants et les nouvelles générations, par un questionnement renouvelé par des questions de société et du vivre ensemble. Il est celui de quelqu’un qui n’oublie pas d’où il vient, qui n’oublie pas ceux qui sont venus avant lui et ce qui lui a été transmis dans le contexte des horreurs extrêmes des deux grands totalitarismes emboîtés du 20e siècle et des processus collectifs et inter-nationaux issus des aveuglements divers sur lesquels ils ont prospéré.

Cet engagement est fondé sur ce que Donald Woods Winnicott appelle la capacité de sollicitude, l’amie intime de la capacité de se sentir concerné par autrui, de la capacité de reconnaissance de ce que l’on doit aux autres, à leur insu, le plus souvent, parce que l’on a su recevoir ce qu’ils nous ont montré d’eux-mêmes.

Mon engagement est référé aux idées philosophiques de l’Éducation Nouvelle et des Lumières. Il s’est trouvé étayé et enrichi dans l’expérience de la psychanalyse, en particulier celle qui s’est intéressée à l’individu en relation avec les autres, « au fait d’être et faire avec les autres », celle qui donne accès au sentiment social, c’est-à-dire  à la capacité de se percevoir comme auteur et co-auteur de ce qui advient, en tant que partie prenante d’un groupe, de groupes emboîtés et d’instances articulées dans les institutions où nous allons, de l’une à l’autre, selon leurs compétences.

L’Éducation Nouvelle et Psychanalyse sont héritières des Lumières, époque moderne de l’émergence du développement des sciences donnant accès à une rationalité scientifique fondée sur l’exigence de l’extension du territoire de la psyché et de la raison éclairée par les développements des champs des sciences.

Une volonté d’œuvrer dans les organisations à des relations de travail sollicitant la prise de responsabilité et la créativité de chacun, instaurant des rapports sociaux reconnaissant la dignité de chacun, faisant éprouver  — contrairement aux idées reçues — qu’il n’y a d’extension de la liberté individuelle que si celle des autres augmentent aussi dans le même mouvement. Ma liberté réelle augmente quand celle des autres augmente aussi : nous refusons l’imaginaire leurrant du prêt à penser selon lequel la liberté individuelle s’arrêterait là où commencerait celle des autres.

Mes engagements sont marqués par une capacité à accompagner des équipes de travail qui ont l’ambition de fonctionner en référence aux idéaux coopératifs et de solidarité en le démontrant régulièrement par leur action, malgré les obstacles imposés par leur contexte.

Oui, il est possible de promouvoir des rapports de coopération dans le travail et de faire  ainsi face aux turbulences et aux menaces de la destructivité, d’où qu’elle vienne. Les capacités individuelles ne peuvent s’exprimer et se développer que dans et par un système organisationnel qui permet leurs manifestations, ce qui augmente dans le même mouvement la capacité collective d’une organisation.

Il est donc complètement erroné et toxique de faire croire au seul mérite individuel et d’encourager la croyance que l’on peut se construire et faire sans les autres sinon contre les autres. Un tel programme idéologique est, bien entendu, dans l’erreur. Il est surtout thanatophore. La mort est son métier.

Oui, il est possible, si on le veut vraiment, de développer nos capacités de coopération et d’élaboration, de rendre fécond le travail en commun et d’avoir ainsi accès au  plaisir partagé du penser et du faire avec d’autres, ce qui augmente en nous notre humanité et permet, par la même occasion, de  faire face avec efficacité, et solidairement, aux défis du monde contemporain.

Ce qui advient au cours de la vie des individus et de leurs groupes et organisations reste le plus souvent de l’ordre de l’inadvenu. Alors que l’on a surtout tendance à ramener ce qui se produit à du déjà connu. C’est pourquoi, s’ils veulent vivre et agir dans et sur leur époque, en ayant une prise sur leur environnement et sur eux-mêmes, individus et groupes doivent régulièrement faire des pas de côté, se réunir dans un espace-temps intermédiaire, équiper pour cela leurs organisations d’instances collectives indispensables pour remettre en mouvement leurs capacités de penser. Penser ? Pour penser, il faut commencer par analyser à plusieurs ce qui survient afin de pouvoir en dégager de nouvelles intelligibilités provisoires et des modalités d’action appropriées, avec toutes les parties concernées. D’où la nécessité de créer des espaces groupaux intermédiaires de penser : des espace culturels intermédiaires.

 

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